Favorite Movies

Sans doute que tout a été dit sur ce chef d’œuvre absolu, universel et au charme indémodable. Mais il faut le redire… car peut-être que tout le monde n’a pas bien écouté ! Tout ayant été dit, vous ne trouverez donc rien de nouveau dans les lignes qui suivent. Mais comme disait Prévert : « La nouveauté, c'est vieux comme le monde… »

Naissance d’un chef d’œuvre

Nice, janvier 1943. Jean-Louis Barrault, qui rêve d’interpréter le personnage  du célèbre mime Debureau, rencontre Marcel Carné et Jacques Prévert. Baptiste Debureau, français d’origine tchèque, créateur de la pantomime avec son personnage de Pierrot, était la vedette du Théâtre des Funambules. Il passa à la postérité en tuant un ivrogne qui l'importunait. Le tout Paris se précipita à son procès pour entendre enfin le son de sa voix !

Mais Marcel Carné juge impossible de ne traiter que cet épisode. Il suggère de conserver Debureau tout en l’entourant de personnages imaginaires et de personnages historiques, comme le célèbre comédien Frédérick Lemaître (artiste qu’à l'époque, Victor Hugo appréciait). Le film opposerait donc le théâtre parlé et le mime. Problème : Prévert est réticent car il n’aime pas la pantomime. Par contre, il est fasciné, par un autre personnage, bien moins poétique : Lacenaire, dit "le dandy du crime", « voleur par nécessité, assassin par vocation ». Sachant qu’on ne lui permettrait jamais de faire un film sur un meurtrier, si célèbre soit-il, il se rend compte qu’il pourrait mettre Lacenaire dans un film sur Debureau… et il adhère au projet. La trame du film, à la fois imaginaire et historique, était posée. Prévert invente alors le personnage de Garance pour Arletty lui offrant ainsi « le plus beau rôle de sa carrière » comme elle le confiera plus tard. 


Trauner (à gauche) et Prévert 
                                                         A droite : Marcel Carné








 

 

 

 

 

L’histoire

Paris, 1830. La vie bat son plein sur le boulevard du Temple, surnommé boulevard du Crime parce qu'il comptait un grand nombre de théâtres où l'on jouait un aussi grand nombre de drames qui comptaient à chaque fois un plus grand nombre encore de cadavres…

Depuis le poulailler de ces salles, que l’on nomme aussi le « paradis », les gens du peuple  - le vrai public - fait le succès ou parfois l'échec des tragédies, des mélodrames et des pantomimes.

Actrice sous-employée, la belle Garance (Arletty) enflamme les cœurs : toujours souriante, elle se laisse séduire tout en gardant toujours la tête froide. Un jour, se promenant avec son ami, le bientôt célèbre voleur Lacenaire, elle fait la connaissance de Baptiste (Jean-Louis Barrault), un jeune mime au talent prometteur. Pour elle c’est le coup de foudre, mais lui n’ose pas faire le premier pas.

Plus tard c’est un jeune acteur plein de fougue, Frédérick Lemaitre (Pierre Brasseur), qui lui fait une cour assidue. Tout ça sous les yeux de Nathalie, l’amoureuse transie de Baptiste, qui n’attend qu’une chose : se faire aimer de lui.


Le boulevard du Crime par Trauner et par Carné :  
















Voici trois scènes d’anthologie qui donnent toute la dimension du talent de Prévert :

 

  1. Frédérick Lemaitre (Pierre Brasseur), acteur débutant et coureur de jupons invétéré, croise pour la première fois Garance (Arletty) dans la foule :

 

Frédéric Lemaître

Vous avez souri !

Ne dites pas non, vous avez souri.

Ah, c’est merveilleux, la vie est belle et vous êtes si belle, vous aussi. 

Où allons-nous?

  Garance

C’est tout simple, vous allez de votre côté, moi du mien

  Frédérick Lemaître

Mais c’est peut-être le même ?

  Garance

Non.

  Frédérick Lemaître

Pourquoi ?

Garance

Parce que j’ai rendez-vous.

  Frédérick Lemaître

Oh, Rendez-vous ! 

Voila seulement deux minutes que nous vivons ensemble et vous voulez déjà me quitter.

Vous me quittez pour quoi, pour qui ?

Pour un autre, naturellement.

Et vous l’aimez, hein… cet autre ?

 Garance

Oh, moi, j’aime tout le monde.

  Frédérick Lemaître

C’est bien ce qui est merveilleux : je ne suis pas jaloux.

Mais lui, l’autre, il est un jaloux.

 Garance

Qu’est-ce que vous en savez?

  Frédérick Lemaître

Ils le sont tous sauf moi. (…)

D’abord, je vous dirai mon nom.

Je m’appelle Frederick. Me direz-vous le vôtre ?

  Garance

On m’appelle Garance.

 Frédérick Lemaître

Garance… oh, c’est joli !

  Garance

C’est le nom d’une fleur

Frédérick Lemaître

D’une fleur rouge comme vos lèvres…(…)

Dites-moi au moins quand je vous reverrai ?

Garance

Bientôt peut-être. Sait-on jamais avec le hasard.

Frédérick Lemaître

Oh ! Paris est grand, vous savez.

Garance

Paris est tout petit pour ceux qui s’aiment comme nous d’un aussi grand amour !


Voir la vidéo : http://www.youtube.com/watch?v=UJIIrguLzDw

2. Baptiste (Jean-Louis Barrault) et Garance :

 

Baptiste

Mais je vous aime, Garance !  

Garance

Je vous en prie, Baptiste. Ne soyez pas si grave.

Vous me glacez. Je ne suis pas comme vous rêvez.

Il faut me comprendre. Je suis simple, tellement simple.

Je suis comme je suis.

J’aime plaire à qui me plaît, c’est tout.

Et quand j’ai envie de dire oui, je ne sais pas dire non.

 

 

3. Garance et le comte Édouard de Montray (Louis Salou)

 

Édouard

Je voudrais que vous m’aimiez.  

Garance

Mais je vous aime, mon ami.

Vous êtes séduisant, vous êtes riche, vous avez beaucoup d’esprits.

Vos amis vous admirent, les autres vous craignent.

Enfin, tout le monde vous aime, Edouard...  

Édouard

Tu sais bien ce que je désire, ce que je veux.  

Garance

C’est contradictoire, Edouard.

Non seulement vous êtes riche,

mais encore vous voulez que je vous aime comme si vous étiez pauvre.

Et les pauvres, alors?

On ne peut quand même pas tout leur prendre aux pauvres !

Soyez plus raisonnable, mon ami.

 

Les plus grands acteurs (Dustin Hoffman), les réalisateurs les plus fameux, comme Terry Gilliam, (Brazil) ont une véritable passion pour le film de Carné. « Un rêve projeté sur grand écran, dit Gilliam, dont la lumière et son aspect argenté, lunaire, donne au film cette dimension onirique. »

François Truffaut pour sa part disait : "J'ai fait vingt-trois films, des bons et des moins bons. Je les donnerais tous sans exceptions pour avoir signé Les Enfants du Paradis."

En 1995, Les Enfants du paradis a été élu meilleur film de tous les temps par les critiques à l'occasion du centenaire du cinéma.

 

Pour en savoir plus : http://www.dvdclassik.com/Critiques/enfants-du-paradis-dvd.htm
http://www.marcel-carne.com/filmographie/lesenfantsduparadis.html

 

 

Quel plaisir de trouver des commentaires au bas de l'article « Edward Scissorhands » !
Si vous ne les avez pas lus, les voici :

Excellent film, un de mes préférés à moi aussi ! Chaque fois que je vois un buisson mal taillé, une maison pastelle, la coupe de cheveux d'un danseur de Tecktonic, je pense direct à Edward aux mains d'argent :-) Et comme disait un journaliste de Libé : Chaque film de Tim Burton est un cadeau dont on est pressé d'ouvrir l'emballage..."

Et même pas une petite mention pour la musique, véritable clé de voute du chef d'oeuvre ? :-(

Le premier nous vient de Pascal, un grand fan de Burton. Pascal est l'excellent critique d'un hebdo du plat pays avec lequel j'étais (presque) toujours d'accord quand je défendais les films dont j'avais la charge.
Le second, Hadrien, un internaute dont je suis un lecteur assidu de son blog.
Sa remarque est ô combien pertinente. C'est vrai que je ne parle jamais des musiques de mes « Favorite Movies». Et c'est vrai qu'ici j'aurais dû faire une exception. Comme il est vrai aussi que parmi mes 200 ou 300 « soundtraks » celui d'Edward Scissorhands sort du lot.
N'ayons pas peur des mots : c'est la meilleure musique de film de ma discothèque !
Danny Elfman est le compositeur de pratiquement tous les films de Tim Burton son plus fidèle partenaire avec Johnny Depp. Mis à part Ed Wood et Sweeney Todd, il composa la musique de tous ses films. Plus qu'une harmonie, c'est une osmose qui lie les deux artistes pour une seule et même vision. La trame sonore composée par Elfman pour « Edward Aux Mains d'Argent » est aussi envoûtante que féerique.
Les musiques de films sont toujours composées d'après les images. Elles sont collées sur les séquences. Ici, la musique n'est pas collée sur le film mais fait partie intégrante de celui-ci. Au point qu'on se demande si Elfman ne composait pas ses morceaux sur le plateau, pendant le tournage !
Si vous connaissez le film, il vous suffit de vous installer dans votre fauteuil, de fermer les yeux et d'écouter le la b.o. du film. Vous reverrez l'histoire imaginée par Burton de dérouler avec une précision magistrale, sans le secours des images. Il n'existe pas de mélodie plus féerique : l'écoute de cet album est un voyage merveilleux dans cette fable magique. Merci Hadrien de m'avoir fait cette remarque.

Tim Burton et Danny Elfmann

Un reporter-photographe, une jambe dans le plâtre, est cloué à son fauteuil roulant. Il a devant lui comme un écran : c'est la fenêtre de son salon par laquelle il observe, par oisiveté, ses voisins.

Hitchcock nous a mis à la place de son héros. Comme lui, nous sommes cloués à notre fauteuil, comme lui nous sommes voyeurs du petit monde que James Stewart observe. Il y a une femme seule, un couple de jeunes mariés, un musicien, une jeune danseuse, un couple sans enfants avec un petit chien, et enfin un couple dont les disputes sont de plus en plus violentes. Un soir, il entend un cri venant de l'appartement d'en  face et voit son voisin sortir, chargé d'une lourde valise. Il le soupçonne d'avoir tué sa femme... De simple spectateur, il devient cinéaste : il invente et met en scène une histoire...

Film phare de la période américaine de maître Hitchcock, « Rear Window » est une œuvre réussie sur plusieurs niveaux. Le script, d'une efficacité redoutable distille une angoisse digne des plus grands thrillers. La richesse du scénario est impressionnante : le film passe ainsi en revue les différentes facettes de l'amour, au travers les habitants de la cour : passion, jalousie, solitude, haine... Enfin la mise en scène, faite de champs contre champs répétés et obsédants, nous place à notre tour dans cette position de voyeur. Mais le film vaut aussi pour la réflexion qu'il propose sur le cinéma, réflexion doublée d'une prouesse technique puisque tout le film est tourné dans un seul décor.  « Fenêtre sur Cour » est un film sur la fascination de l'image qu'éprouvent tous les êtres humains : le personnage de James Stewart entraîne d'ailleurs progressivement dans son voyeurisme sa fiancée et son infirmière, comme il emporte le spectateur lui-même...

Film sur le regard, donc sur le cinéma, c'est à la fois un grand classique et une œuvre expérimentale passionnante et non dénuée d'humour.  L'un des meilleurs Hitchcock pour beaucoup de cinéastes admirateurs de Sir Alfred qui, grand spécialiste des slogans, disait : « Si vous n'éprouvez pas une délicieuse terreur en voyant Fenêtre sur cour, pincez-vous, vous êtes probablement mort. »

Le film a obtenu quatre oscars : réalisation, scénario, photographie, son.

 

 
Voici le 5e film de ma série « Favorite Movies » : Edward Scissorhands. En voici enfin un dont j’ai assuré la sortie en Belgique (1990). Ce fut un coup de cœur total...







Vincent Prince dans son dernier rôle
  
Edward est un garçon peu ordinaire. Création d'un inventeur un peu fou, mort avant d'avoir pu terminer son œuvre, le garçon se retrouve avec des lames de métal en guise de doigts. Livré à lui-même, avec son cœur en or et son innocence, il va être confronté à la vie dans une société dont il ne comprendra ni les codes, ni les règles. Inquiétant au départ, Edward se révèle un être charmant et inoffensif tandis que les « desperate housewives » qui l’avaient adopté se métamorphosent vite en de redoutables viragos. Ces soi-disant braves gens dont la curiosité malsaine fait vite place au rejet, décrètent anormal ce qui échappe à leurs normes.

 

« Edward aux Mains d'Argent » est une réussite absolue. Tim Burton montre l’envers du décor d’une petite ville aux tons pastel, parfaite en apparence, mais qui renferme tous les maux d'une société coincée dans ses préjugés. Il démontre que la vraie monstruosité n’est pas là où on l'attend.

Conte de fées magique, symphonie mélancolique, c’est plus qu'un film réussi : c’est  une magnifique leçon de tolérance sur le respect des différences.



 

   Une mention spéciale pour Johnny Depp qui entamait ici sa collaboration avec celui qui allait devenir son réalisateur fétiche. (6 films ensemble à ce jour dont le génial « Ed Wood »). Lorsque Tim Burton l'a rencontré, il tournait dans une série TV pour ados (21 Jump Street). Considéré alors comme un jeune acteur pour minettes, il voulait absolument ce rôle. Le réalisateur s’est vite rendu compte que Depp comprenait intimement le personnage. Burton dira « Johnny Depp a des regards, dans ce film, qui m'épatent encore. »

Tim Burton
  

Merci aussi à Tim Burton d’avoir rejeté la proposition de la Fox qui voulait donner le rôle à Tom Cruise. Car il fallait des couilles pour interpréter ce rôle. Et la rumeur veut que le chantre de la Scientologie n’en n’a qu’une…   

Très beau site pour en savoir plus sur « Edward aux Mains d’Argent » :

http://www.tim-burton.net/?idfilm=12 


« Dès l'enfance, on vous marque, on vous parque: celui-ci est un "physique", celui là un "intello". Moi j'étais calme, solitaire, et j'aimais les films fantastiques. On m'a classé dans les "bizarres". »
(Tim Burton)

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